Les élèves du lycée Marey de Beaune vous parlent de leurs lectures...
29 Décembre 2012
Je voudrais vous parler de l'ouvrage Le Liseur, de Bernhard Schlink. L'histoire est celle d'un jeune Allemand amoureux d'une femme analphabète. Je vous recommande vraiment ce roman, pour plusieurs raisons.
Premièrement, nous approchons des thèmes difficiles avec des points de vue originaux. On pourrait s'imaginer que l'analphabétisme d'Hannah serait l'un des principaux thèmes du roman. C'est le cas, seulement il n'est que très peu évoqué. Durant toute la première partie, ce handicap reste secret. Le fait que le plus important indice sur les motivations d'Hannah reste caché pousse le lecteur à toujours vouloir en apprendre plus. Ce qui est réellement étonnant, c'est qu'au final nous jugeons moins ce handicap que la façon dont Hannah vit avec. L'analphabétisme n'inspire pas la pitié, il est plutôt un sujet d'énigmes : Pourquoi l'héroïne n'en parle-t-elle pas ? Pourquoi ne le combat-elle pas et vit-elle avec ? Ce sujet n'est donc pas abordé de façon larmoyante, mais il nous pousse à nous interroger et à nous imaginer à la place d'Hannah. Le deuxième thème sensible est celui de la seconde guerre mondiale, particulièrement les camps de concentration. Une nouvelle fois, on est surpris de l'approche retenue. Nous découvrons tout à travers Mickaël, le héros. La situation nous amène, notamment lors du procès, à soutenir celle qui fut gardienne des camps et à mépriser ceux qui cherchent à la punir. Cette inversion des rôles est rare et habile. Les sentiments du héros nous accompagnent, voyez-vous, et son point de vue devient souvent le nôtre. Ce thème nous frappe parce qu'il est très bien représenté : les témoignages du procès deviennent des scènes auxquelles on assiste précisément. C'est le cas par exemple du souvenir de l'Eglise incendiée. Nous sommes plongés dans l'horreur. Les sujets du roman sont vraiment très intéressants, originaux et bien amenés par l'auteur.
Ensuite, le duo de héros est complexe. Les deux personnages ont une personnalité trouble mais fascinante à découvrir. Avez-vous déjà rencontré un personnage qui préfère être emprisonné plutôt que d'avouer un complexe oppressant ? Ce type de personnage existe dans Le Liseur. En l'occurrence, il s'agit d'Hannah, dont la psychologie restera inaccessible au lecteur et au héros jusqu'à la fin. Ceci n'est pas une critique, au contraire, le personnage correspond parfaitement à l'ambiance sombre du roman. Le héros, Mickaël, est le personnage qui m'a personnellement le plus plu. Je trouve que c'est un excellent choix d'en avoir fait le personnage focal, car ses réflexions sur sa vie et son époque sont passionnantes. Je pense notamment au passage où il évoque le fait que les Allemands semblent avoir oublié ce qui s'était passé durant la guerre, ou encore ceux où il réfléchit sur les sens de sa relation avec Hannah. Mickaël est un être détaché de sa société, qui avance sans but et vit seulement dans le passé. En cela, il a du recul sur certaines choses, comme les aspirations des gens de sa génération. Il nous aide à plonger au coeur de son époque tout en réfléchissant sur le passé. Ces personnages sont hors du commun et valent d'être découverts.
Enfin, je souhaite vous parler du mélange des genres dans ce roman. On y trouve évidemment de la romance, surtout dans la première partie. Les visites de Mickaël chez Hannah ou leur voyage à vélo en sont les principales illustrations. Je pense néanmoins que la romance est d'abord un prétexte pour aborder un nouveau thème : celui de l'Histoire. Le séminaire de Mickaël, le procès d'Hannah, ont pour but de comprendre ce qui s'est passé quelques décennies auparavant. Ce genre du roman historique ouvre lui-même sur un genre plus policier. Mickaël mène l'enquête, par exemple en visitant un camp de concentration. On pourra également déceler des éléments tragiques, car la fin du roman semblait inéluctable. Ce roman a donc pour énorme atout sa diversité, et en cela il pourra plaire à beaucoup de gens, à l'exception de ceux qui recherchent le comique, absent de l'histoire.
Le contenu historique, les personnages, sont ce que j'ai préféré dans Le Liseur. Je trouve que c'est un très bon roman, étonnant, émouvant, intelligent. Passez votre chemin si vous voulez de la légèreté, sinon n'hésitez surtout pas. On assimile tous quelque chose de nouveau de cette lecture. Personnellement, ce n'est pas une oeuvre que je pense oublier de sitôt.
Cyrielle JARDIN (Première L)